Le Groupement d’intérêt scientifique Moyen-Orient et mondes musulmans (GIS MOMM) et l’Institut d’étude de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) sont heureux de publier le palmarès 2025 des Prix Islam, Moyen-Orient et mondes musulmans (IMOMM).
À la suite de l’évaluation des 66 candidatures reçues et des délibérations du jury, trois prix thématiques et 2 mentions ont été décernés, ainsi que deux prix du GIS MOMM et de l’IISMM et 3 mentions.
→ Le Prix Rémy Leveau, décerné par le Bureau central des cultes, a été attribué à Lucas FAURE pour sa thèse : « Gouverner le social par le religieux : les ONG humanitaires musulmanes en France », dirigée par Franck FREGOSI et soutenue en 2023 à Aix-en-Provence.
→ Audrey PLUTA a obtenu le Prix de l’IISMM pour sa thèse « L’ordre de la démocratie : syndicats policiers et professionnels de la « réforme » sécuritaire en Tunisie (2011-2021) », dirigée par Eric GOBE (IREMAM / Aix-Marseille-Université) et Amin ALLAL (CERAPS / Université de Lille), et soutenue 18 November 2024 in Aix-en-Provence.
Toutes nos félicitations à la lauréate et au lauréat !
AUDREY PLUTA, LAUREATE DU PRIX DE L’IISMM 2025 :
Résumé de sa thèse :
Pilier du régime autoritaire de Ben Ali, l’institution policière en Tunisie a été travaillée par des vents à priori contraires à partir de janvier 2011 : revendications sociales et luttes syndicales par les bases et injonctions à la réforme portées par les acteurs extérieurs. Cette thèse éclaire les manières dont les modes de domination se recomposent dans un contexte où ceux-ci ont été mis à l’index, où leur légitimité a été contestée. A l’encontre d’une entreprise classificatrice des régimes politiques, elle montre les hybridations et les adaptations des rapports sociaux de coercition en contexte de sortie d’autoritarisme au sein desquels la police demeure centrale. Ma démarche a été celle d’un décloisonnement entre sociologie des institutions, de l’action publique et de la police, en suivant les acteur.ices, à travers des entretiens, répétés, entre 2017 et 2021 avec des syndicalistes policiers, des passeurs de la réforme du secteur de la sécurité ou encore des cadres du ministère de l’Intérieur. Les usages locaux des mots d’ordre participatifs au travail de police, les possibles non advenus d’une refonte du contrôle politique des forces de sécurité et les mutations des conditions socioprofessionnelles policières sont autant d’espaces d’investigation des modifications des arrangements sectoriels propres à la sécurité. « L’ordre de la démocratie » le titre de cette thèse incarne cette pratique du pouvoir propre aux situations de « restauration autoritaire », faite de composition avec des forces centrifuges, entre demande de changement des modes de faire policiers et des demandes sociales de retour à l’ordre. En ce sens, politiques de la réforme du secteur de la sécurité et colères policières convergent vers un renforcement de l’institution sécuritaire, soit en participant à ses entreprises de relégitimation, ou bien en obtenant des espaces d’autonomie socioprofessionnelle pour les agents. Cette thèse contribue ainsi à la réflexion autour des usages de la coercition et leur insertion dans la fabrique des ordres publics, politiques et sociaux.
LUCAS FAURE, LAUREAT DU PRIX REMY LEVEAU SUR L’ISLAM EN FRANCE ET EN EUROPE 2025 :
Résumé de sa thèse :
Originaires du Royaume-Uni, les ONG musulmanes apparaissent en France dans les années 1990. Le Secours islamique France, Human Appeal, Muslim Hands, Ummah Charity, Syria Charity, Au Cœur de la Précarité ou LIFE font partie des associations emblématiques. Depuis les années 2010, les ONG humanitaires musulmanes s’affirment comme les acteurs les plus dynamiques du champ associatif islamique, au point de devenir pour certaines des partenaires durables des pouvoirs publics. Présentes dans les grandes villes françaises, elles s’insèrent dans des réseaux locaux de solidarité à travers différentes activités (distributions alimentaires, maraudes, hébergement d’urgence, soutien scolaire, accompagnement administratif, etc.), tout en menant des programmes humanitaires à l’international. Ces associations développent également des actions de plaidoyer, prennent la parole sur des sujets politiques et médiatiques, voire dénoncent les rapports de domination Nord/Sud ou les inégalités sociales en France.
Par son approche à la fois sociohistorique et ethnographique, la thèse apporte un éclairage inédit sur l’humanitaire islamique en France, dans un environnement sécularisé, minoritaire et concurrentiel marqué par l’interventionnisme étatique. À rebours de la rhétorique républicaine qui stigmatise les confessionnalismes, l’État délègue aux ONG musulmanes une gestion particulariste des publics musulmans. À la reconnaissance au nom d’une utilité confessionnelle, répond une stigmatisation confessionnelle qui place les ONG humanitaires musulmanes dans une relation de subordination utile vis-à-vis de l’État. Une injonction paradoxale est alors adressée aux musulmans, puisqu’il leur faut être « musulmans mais pas trop ! ». Le paradoxe de la stigmatisation d’acteurs associatifs, pourtant indispensables au gouvernement du social par le religieux, est ainsi au cœur de l’étude.
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