Journée d'études MESOPOLHIS / OpenEdition Lab : « Faire des sciences sociales sous pression(s) : injonctions, intermédiations, appropriations des politiques de la recherche »
Détails
Vendredi 27 mars 2026 | 8h30 – 17h30 | Sciences Po Aix, Espace Philippe Séguin, salle 101 (Aix-en-Provence) → En présentiel uniquement.
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Vendredi 27 mars 2026 | 8h30 – 17h30 | Sciences Po Aix, Espace Philippe Séguin, salle 101 (Aix-en-Provence)
→ En présentiel uniquement.
→ Inscription gratuite mais obligatoire : https://framaforms.org/inscription-je-faire-des-sciences-sociales-sous-pressions-27-mars-2026-1773230590
Résumé :
Depuis 20 ans, les réformes successives des politiques scientifiques ont abouti à des transformations profondes du champ scientifique qui sont étudiées par des travaux récents. Dans cette journée d’étude du 27 mars 2026, organisée par des chercheur·ses du lab d’OpenEdition et de l’axe 6 du MESOPOLHIS, nous choisissons de réfléchir plus précisément d’une part aux dispositifs de régulation politique et bureaucratique du champ scientifique qu’il s’agisse d’injonctions, d’incitations, d’évaluations, de redéfinition des normes et de l’excellence professionnelles, de recommandations, de sanctions, de valorisation, d’« effet de mode », etc. D’autre part, nous nous intéressons aux effets de ces dispositifs sur le travail et les trajectoires scientifiques ainsi que sur les savoirs produits.

Argumentaire :
Depuis 20 ans, les réformes successives des politiques scientifiques ont abouti à des transformations profondes du champ scientifique. Les travaux traitant de l’hétéronomisation de la recherche et des atteintes aux libertés académiques tiennent compte de ce contexte de transformation (Frangville et al., 2021 ; RogueESR, 2021, Aldrin et al., 2022 ; Gautier et Zancarini-Fournel, 2022, Cultures & conflits, 2025). Dans Gouverner la science. Anatomie d’une réforme (2004-2020), les sociologues Joël Laillier et Christian Topalov (2022) mettent notamment en lumière, en France, la professionnalisation des carrières de pilotage de la recherche scientifique ainsi que la mise en concurrence des universités à l’aune de logiques nationales d’évaluation. Cependant, ces transformations, pour beaucoup issues du nouveau management public, ne sont pas propres à l’Enseignement supérieur et la recherche (ESR) français (Musselin, 2021). En effet, l’actualité aux Etats-Unis montre comment ces instruments de pilotage favorisent une soumission parfois brutale de la recherche à des logiques politiques (Fernandez et Hutchens, 2025). La régulation et l’encadrement de l’activité scientifique prennent ainsi des formes bureaucratiques, juridiques et managériales diverses (financement par projet, loi de réforme, agences de financement, organismes d’évaluation, infrastructures de recherches comme HAL, Progedo ou OpenEdition) qui reconfigurent les relations et les pratiques dans le champ scientifique.
Partant de ce constat, des recherches empiriques en sociologie des sciences se portent à nouveaux frais sur des objets relatifs à ces politiques publiques (Bérard et Roger, 2015). On voit ainsi se multiplier des travaux qui portent sur les transformations récentes du champ scientifique. Ces analyses interrogent par exemple : les mots d’ordre sur l’interdisciplinarité en France et les “compromis voire les compromissions proprement épistémologiques” qui en découlent (Lagier, 2025), la mise à l’agenda de la “liberté académique” par des acteurs variés (universitaires, acteurs politiques, collectifs militants, journalistes) (Boncourt, 2024), la résistance aux politiques de régulation de l’éthique en sociologie depuis quinze ans (Dingwall et Vassy, 2025) et aux procédures judiciaires (Laurens, 2022), la gestion différenciée des enjeux de méconduites scientifiques au sein des universités (Boncourt, Mirman et Michalon, 2025), la négociation des autorisations avec le Fonctionnaire Sécurité Défense (FSD) pour les terrains sensibles (Duclos, 2023), les effets cumulés des régulations de l’éthique, de “l’intégrité” et de “la science ouverte” (Siméant-Germanos, 2022), les incitations au partage des données de la recherche en tension avec des normes professionnelles concurrentes et les infrastructures dédiées (Levain et al., 2023 ; Zurbach, 2024), les indicateurs de pilotage des universités reproduisant les hiérarchies de légitimité entre disciplines (Rowell, 2022), ou bien encore l’inclusion “participative” de la société (Lefevre et al., 2026).
La variété des dispositifs de gouvernement du champ scientifique, plus ou moins subis, plus ou moins exogènes, s’étend au-delà des enjeux traités par les travaux précédemment cités, citons : les injonctions à l’utilité policy-oriented, à la vulgarisation, les orientations (financières, politiques) des agendas scientifiques (vers la sécurité, la déradicalisation, la désinformation, le religieux), etc. Tous produisent des effets sur les trajectoires et les carrières des scientifiques (Hermanowicz, 2007 ; 2009) ainsi que sur les mécanismes de reproduction des inégalités et des formes de domination dans la science, étudiés depuis longtemps (Bourdieu, 1984 ; Merton, 1968). Les propriétés sociologiques des chercheur·ses peuvent être analysées pour saisir comment elles et ils internalisent la contrainte, se l’approprient, s’en accommodent dans la souffrance (Le Lay, 2012), “bifurquent” (Bontems et Gingras, 2007), traversent un scandale (Ragouet, 2014) ou composent avec les rapports de domination du champ (Renisio, 2015).
Nous choisissons de réfléchir plus précisément d’une part aux dispositifs de régulation politique et bureaucratique du champ scientifique qu’il s’agisse d’injonctions, d’incitations, évaluations, redéfinition des normes et de l’excellence professionnelles, recommandations, sanctions, valorisation, « effet de mode », etc. D’autre part, nous nous intéressons aux effets de ces dispositifs sur le travail et les trajectoires scientifiques ainsi que sur les savoirs produits. Comment les chercheur·ses négocient-ils et elles leur rapport à ces dispositifs et aux contraintes (ou ressources) qu’ils génèrent ? Que font-ils réellement à l’activité de recherche ? Soumission, accompagnement, appropriation, négociation, détournement, évitement, résistances constituent autant de logiques à analyser.
Cette journée d’étude portera tantôt sur les normes professionnelles et les formes de contraintes produites par des politiques publiques relatives à l’ESR et qui pèsent sur le champ scientifique, tantôt sur les effets de ces politiques publiques de l’ESR sur les savoirs produits, les activités et les carrières scientifiques.
Programme :


8H30 – Accueil
9H00-9H15 – Introduction
Yves Mirman, AMU, OpenEdition Lab et MESOPOLHIS
Simon Dumas Primbault, CNRS, OpenEdition Lab
9H15-10H00 – Séance inaugurale
Intervention (30 min) : Christèle Lagier, Université d’Avignon, JPEG
“Se perdre ou se trouver ? Ce que l’interdisciplinarité fait aux pratiques scientifiques”
Discussion collective
10H00-10H30 – Pause
10H30-12H00 – Injonctions scientifiques et définition des agendas de recherche
Intervention (20 min) : Philippe Aldrin, Sciences Po Aix, MESOPOLHIS
Sandrine Roginsky, UC Louvain, LASCO
“Ce qu’est et ce que fait au concret la mise en politiques de la recherche. Le cas de l’UE”
Intervention (20 min) : Antoine Hardy, CESSP
“Vers une autocontrainte climatique ? L’écologisation de la recherche publique en France”
Présidence de séance : Loïc Le Pape, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP
Discussion collective
12H00-13H30 – Déjeuner
13H30-13H50 – Injonctions scientifiques et définition des agendas de recherche (suite)
Intervention (20 min) : Dorota Dakowska, Sciences Po Aix, MESOPOLHIS
“L’injonction à « l’excellence » scientifique résiste-t-elle au tournant illiberal ? Ce que nous enseigne le cas polonais”
13H50-14H40 – Intermédiaires et instruments de l’action publique dans l’ESR
Intervention (20 min) : Simon Dumas Primbault, CNRS, OpenEdition Lab
“L’infrastructure comme instrument de mise en œuvre des politiques publiques d’accès ouvert. Le cas d’OpenEdition”
Intervention (20 min) : Hélène Seiler-Juilleret, CNRS, OpenEdition Lab et CESSP
“Expertises et périmètres professionnels chez les éditeur·ices du public. Rapports de force et luttes de juridiction avec les professionnel·les de la recherche et de l’enseignement supérieur”
Présidence de séance : Thomas Forte, CNRS, OpenEdition Lab et CED
Discussion collective
14H40-15H00 – Pause
15H00-16H30 – Effets des reconfigurations du champ scientifique sur les chercheur·ses
Intervention (20 min) : Yves Mirman, AMU, OpenEdition Lab et MESOPOLHIS
“Comment gravitent les chercheur·ses en SHS autour des politiques de partage des données de la recherche en France ?”
Intervention (20 min) : Raphaël Godefroid, AMU, MESOPOLHIS
Zohar Cherbit, AMU, MESOPOLHIS et MUCEM
« La recherche sous commande : Éléments réflexifs autour du travail scientifique dans les contrats CIFRE et fléchés. »
Intervention (20 min) : Chérifa Boukacem-Zeghmouri, Université Lyon I., ELICO
Hans Dillaerts, Université Montpellier 3, LERASS
Guillaume Silhol, Université Lyon I., ELICO et MESOPOLHIS
“De l’openwashing comme symptôme ? Renégociations des pratiques de chercheurs sur les plateformes de l’Open Science”
Présidence de séance : Maxime Behar, UC Louvain, GIRSEF
Discussion collective
16H30-17H00 – Conclusion
Intervention (15 min) : Audrey Freyermuth, Sciences Po Aix, MESOPOLHIS
Discussion collective
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Horaire
27 mars 2026 8 h 30 min - 17 h 30 min
Emplacement
EPS 101 – Espace Philippe Séguin
31 avenue Jean Dalmas, 13100 Aix-en-Provence