Séminaire axe 6 « Gouverner (par) les savoirs », séance 1 : Christel Coton, « Devenir vétéran. Les usages sociaux et académiques du capital combattant. Le cas des veteran students dans les campus nord-américains »
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Lundi 19 octobre 2026 | 13h30 – 15h30 | Sciences Po Aix, Espace Philippe Séguin, salle 104 À l’occasion de la séance inaugurale
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Lundi 19 octobre 2026 | 13h30 – 15h30 | Sciences Po Aix, Espace Philippe Séguin, salle 104
À l’occasion de la séance inaugurale de son séminaire « Gouverner (par) les savoirs. Savoirs, experts et capitaux », l’axe 6 « Normes, déviances, savoirs de gouvernement » reçoit Christel Coton.
Christel Coton est sociologue, maîtresse de conférences (HDR) à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directrice du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP). Spécialiste du fait et de l’institution militaire, elle est notamment l’autrice de Officiers. Des classes en lutte sous l’uniforme, publié en 2017 aux éditions Agone.
Résumé de son intervention :
Cette intervention présente les premiers résultats d’une recherche sur les formes de conversion du capital combattant hors de l’institution militaire. À partir d’une enquête menée auprès d’anciens soldats reprenant des études dans des universités new-yorkaises grâce au GI Bill, elle analyse leur constitution en catégorie d’action publique et les formes d’investissement dont ils font l’objet dans le champ académique. Elle interroge l’ambivalence d’un capital combattant susceptible de produire tout à la fois crédit et discrédit, ainsi que les conditions inégales de son appropriation et de sa conversion en ressources académiques et symboliques.
Présentation du séminaire :
Pour l’année 2026-2027, l’axe 6 inaugure le séminaire (par) les savoirs » qui met au programme la figure de l’expert dans la fabrique des savoirs de gouvernement et le gouvernement des savoirs. L’expertise s’impose et constitue un enjeu de luttes dans de multiples domaines (l’école, la sécurité, l’aide internationale, les migrations, le numérique, les politiques urbaines, la santé, les enjeux mémoriels ou écologiques etc…) et à différentes échelles (locale, nationale, européenne, internationale) qui intéressent les membres du laboratoire. Défini comme “celui qui informe les décisions des pouvoirs publics et fournit les fondements « scientifiques » des politiques publiques” (Sapiro, 2009), “l’expert” peut prendre des visages pluriels (consultant, scientifique, membre d’un groupe professionnel ou d’un groupe d’intérêt…). Dès lors, comment devient-on “expert” dans un marché de la production des biens symboliques marqués par au moins trois transformations : d’une part l’hétéronomisation croissante du champ universitaire avec le développement du financement de la recherche par projet, les injonctions aux partenariats ou à « l’utilité » qui l’accompagnent et la multiplication des établissements privés d’enseignement supérieur et de recherche; d’autre part le foisonnement et l’institutionnalisation d’espaces interstitiels peuplés d’universitaires, de fonctionnaires, de journalistes, de professionnels de la politique, d’entrepreneurs et experts en tout genre, où sont produits et « passer » (Gervais, 2012) des savoirs pour l’action et les médias ; enfin les normes journalistiques dominantes de l’information en continu et des émissions de débats faisant la part belle aux “experts” susceptibles d’occuper l’antenne. Comment, dans ce contexte, s’opère “l’affirmation de la qualité d’expert, [qui] fait jouer l’expérience acquise, la reconnaissance institutionnelle, le rapport au pouvoir politique, la maîtrise des savoirs ou, encore, la revendication d’une proximité avec le « monde indigène » observé” (Backouche, 2008) ?
L’ambition de ce séminaire est d’envisager la fabrique des savoirs de gouvernement au prisme des trajectoires de ceux qui les produisent, qui deviennent “experts” et voient légitimées ou disqualifiées les connaissances dont ils sont les promoteurs. Depuis le travail pionnier de Luc Boltanski (1973) sur des professeurs de l’IEP de Paris, de nombreux travaux ont continué de montrer la force sociale que tirent certains agents de leur multipositionnalité (Massardier, 1996; Robert, 2003; Soussoko, 2022; Lepont, 2026). Qu’il s’agisse notamment d’universitaires amenés ou enjoints à faire avec/pour les agents des champs administratif, politique, médiatique, économique ou qu’il s’agisse pour ces derniers de faire avec/pour/sans les universitaires. Nous voudrions donc comprendre ce que c’est que devenir expert aujourd’hui en repartant de cette notion de multipositionnalité, en la remettant sur le métier pour la penser comme le fruit de déplacements professionnels dont il est nécessaire d’interroger à la fois les conditions structurales de possibilité, (relations entre champs et ordre au sein des champs) et ce qu’ils font aux champs concernés, à leurs frontières, aux hiérarchies qui les structurent et aux pratiques des agents qui les peuplent.
Quels outils sociologiques permettent de comprendre les ressorts de ces déplacements ? Cette lutte symbolique entre experts et universitaires donne-t-elle à voir un simple brouillage de frontières ou contribue-t-elle à la structuration d’un espace à part entière ? À quelles conditions certains savoirs et producteurs de savoirs sont-ils légitimés et d’autres disqualifiés ?
En effet, comment le concept de capital spécifique permet-il de comprendre les déplacements qui font les experts ? Comment se constitue le capital symbolique de ces agents ? Comment leur dotation en espèces fondamentales de capitaux et les relations entre les champs traversés contribue-t-elle à la convertibilité d’un capital spécifique en “expertise”? Comment la dotation en capital spécifique peut-elle donner à voir des formes d’allodoxia ?
Au final, ce séminaire entend être un espace d’échanges et de discussion sur la manière dont on peut analyser aujourd’hui le gouvernement des savoirs de gouvernement. Plus particulièrement dans le cadre de cette première saison, nous entendons faire des trajectoires expertes un analyseur des relations entre champs bureaucratique, politique, académique, économique, médiatique qui
structurent la production des savoirs (il)légitimes.
Retrouvez ci-dessous l’argumentaire de ce séminaire au format PDF téléchargeable :
Horaire
Emplacement
EPS - Salle 104